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Selon un rapport récent de l’Onu, la Guinée est le deuxième pays qui pratique le plus au monde les mutilations génitales féminines.

On voit souvent à  la télévision et notamment sur la RTG des exciseuses traditionnelles guinéennes déposer en groupe leurs couteaux et déclarer solennellement qu’elles renoncent pour de bon à leur sanguinaire métier.

Malgré ces déclarations publiques, le plan d’action gouvernementale lancé dès les années 1990 et les innombrables campagnes menées à travers les médias pour sensibiliser la population, la Guinée fait partie des pays qui pratiquent le plus au monde l’excision/MGF (mutilations génitales féminines). Selon un rapport alarmant des Nations-Unies publié en avril 2016, elle arrive en deuxième position juste après la Somalie, avec un taux de prévalence de 96%.  Soit dit en passant, en Somalie on pratique l’infibulation, qui consiste à exciser et à coudre les grandes lèvres de la petite fille en ne laissant qu’un petit trou pour l’écoulement des urines et des règles. Le but est d’empêcher toute relation sexuelle avant le mariage.  Après le mariage, on découd les grandes lèvres et l’homme attend la guérison complète de sa nouvelle épouse pour commencer avoir des rapports sexuels avec elle. On imagine toute la barbarie de cette pratique et les douleurs que la jeune fille ressent pendant ces deux opérations sans anesthésie.  Heureusement qu’en Guinée l’infibulation n’est pas pratiquée.  Cependant, la société guinéenne demeure globalement favorable au maintien de l’excision, bien que l’on note une plus forte opposition masculine.  Aucun lien ne semble émerger entre l’excision des filles et le niveau d’éducation des mères. L’excision est souvent pratiquée par des exciseuses traditionnelles (87%). Mais, l’intervention médicale est de
plus en plus sollicitée ; elle est exécutée dans des conditions relativement hygiéniques par du personnel médical et bien souvent celui-ci se contente de blesser légèrement la fille ou de la « coiffer » pour tromper les parents et l’environnement social de la petite fille.  Les articles 407, 408 et 409 de la Loi L/2008/011/AN du 19 août 2008 prévoit des peines contre l’excision/MGF pouvant aller jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle en cas de mort de la fille excisée. L’article 6 de la Constitution guinéenne interdit la torture ainsi que tout traitement cruel, dégradant ou inhumain.  La République de Guinée a ratifié plusieurs textes internationaux relatifs à la lutte contre les mutilations génitales féminines dont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et ses protocoles, le protocole relatif aux Droits des Femmes en Afrique dit Protocole de Maputo. Depuis quelque temps, des affaires concernant l’excision sont portées devant la justice et les coupables sont condamnées. Les peines sont légères, mais au moins la loi connaît un début d’application. Toutefois, par peur de sanctions légales, il y a une tendance croissante aux excisions individuelles, en particulier lorsque l’excision est pratiquée sur des nourrissons ou de très jeunes filles. Les exciseuses traditionnelles ne veulent pas se convertir dans un autre métier parce que leurs gains leur assurent une vie décente. D’ailleurs, la forte demande des mères leur donne bonne  conscience.  Face à la persistance de la pratique des MGF en Guinée, les acteurs de la société civile, les partenaires au développement, les ONG et les associations poursuivent différentes stratégies en vue de l’éliminer. Mais l’entreprise ne sera guère facile, compte tenu des résistances mentales de la société guinéenne.  En attendant, les personnes qui sont contre les MGF doivent avoir le courage de dénoncer les  mères et les exciseuses traditionnelles qui s’y adonnent afin qu’elles soient poursuivies par la justice et condamnées. Une telle dénonciation peut toujours être faite dans l’anonymat, pourvu que les faits soient avérés. Un conseil aux parents qui ont choisi de ne pas faire exciser leurs filles et qui subissent la réprobation de la famille élargie : ne laissez pas vos petites filles aller en vacances chez votre mère, chez leurs tantes ou chez leurs cousines mariées si elles sont des adeptes de l’excision. Car c’est pendant les vacances scolaires que les MGF sont le plus pratiquées sur les jeunes filles scolarisées. Vos petites chéries pourraient en être victimes à votre insu et vous seriez devant le fait accompli.  Veillez constamment sur elles, ne permettez même pas qu’elles passent seules un weekend chez les autres membres de votre famille qui ne  partagent pas votre décision. Faites-les accompagner par une personne plus grande (frère ou soeur, etc.) pour les mettre à l’abri de toute mauvaise surprise. Un kidnapping est toujours possible. Car beaucoup de femmes pensent qu’il est anormal qu’une fille ne soit pas excisée et que c’est une honte pour sa famille.  Toutes les langues guinéennes ont un mot honteux pour la désigner. Bref, soyez vigilants jusqu’à ce que votre petite fille soit suffisamment grande pour inspirer de la crainte et du respect.

Fatoumata Lamarana CAMARA