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La polygamie est illégale en Guinée, mais elle est ancrée dans les moeurs.  Pourtant, les ménages à plusieurs femmes ne sont pas de tout repos.

La polygamie est formellement interdite par le code civil guinéen (articles 315 et suivants). Sauf pour les mariages polygames contractés avant le 31 janvier 1968 et pour un cas de force majeure dûment établi par les autorités médicales compétentes. Pour un tel cas, l’homme peut introduire une demande d’épouser une femme de plus auprès du ministère de l’Intérieur.

L’article 319 est catégorique: «L’officier de l’état civil qui ne se conformera pas aux dispositions relatives à l’interdiction de la polygamie sera poursuivi en correctionnelle et puni des mêmes peines que celles prévues à l’article 318 du présent code. » Ce dernier article prévoit une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans pour « tout époux (homme ou femme) qui contreviendra aux dispositions des articles 315 et 316 ». La loi est donc on ne peut plus claire, messieurs les adeptes de la polygamie qui pensez que la chose est tout à fait normale et qui demandez à nous les femmes de nous coltiner une ribambelle de coépouses sous votre toit. Mais vous avez de la chance. Dans ce pays, les hommes de loi sont souvent des phallocrates. Malgré son interdiction, et en dépit des mutations sociologiques de plus en plus nettes, la polygamie reste très répandue en Guinée. Et elle n’est pas sans conséquences. Le plus souvent, cette pratique crée la discorde au foyer et en affecte dangereusement la quiétude. Une haine larvée s’installe entre les coépouses, elles en viennent aux mains pour un rien, elles se font des coups bas et parfois même se tendent des pièges mortels.  Le mari devient l’objet de leur rivalité permanente. Il en profite pour régner sur elles, ou bien il a une préférence marquée pour sa dernière femme, généralement plus jeune.  Il arrive rarement que la première n’oppose que peu ou pas de résistance à la perspective d’avoir une voire même plusieurs coépouses et qu’elle s’en accommode aisément au foyer. C’est le cas notamment chez celles qui ont reçu une éducation islamique stricte, wahhabite par exemple. Elle a été préparée dès l’enfance à admettre la polygamie comme un état normal parce que fondé en religion. Par ailleurs, certaines femmes qui regimbent aux travaux domestiques quotidiens et à des devoirs conjugaux contraignants pourraient être amenées à souhaiter une coépouse pour avoir droit à des jours de repos. Mais c’est un cas atypique.  Une femme moderne rechigne en général à partager le coeur et le corps de son mari avec une autre. Pour quelque raison que ce soit. Devant la perspective, elle se montre rebelle, récalcitrante voire agressive, en  articulier à l’endroit des parents et amis de son mari, perçus comme des acolytes. Elle s’affole et n’accomplit plus correctement ses devoirs  conjugaux. Et puis elle ne consacre plus que peu de temps à son entretien corporel et esthétique.  Dominée par la jalousie, elle ne fait plus la différence entre ses amis et ses ennemis. Dans sa détresse, les marabouts  et charlatans sont les plus sollicités. Et puisque le malheur des uns fait le bonheur des autres, eux ils y trouvent leur compte. Peu importe la  somme demandée par ces faiseurs de talismans. L’essentiel pour la déboussolée, c’est que la ‘’guinè nènè’’ (la nouvelle femme) n’entre pas  comme un coucou dans son nid d’amour pour en troubler la quiétude. Si elle n’arrive pas à empêcher un foyer à trois, alors c’est l’enfer à la maison.  La nouvelle, visiblement préférée avec ses enfants, va se comporter en maîtresse et parader en permanence devant l’ancienne. La chose la plus insupportable pour celle-ci. De la jalousie à la méchanceté, le pas sera vite franchi. Puisqu’on ne peut détrôner l’intruse, ce sont ses enfants qui vont trinquer. Ça sera vice versa d’ailleurs. Et bonjour les maraboutages à tout-va ! La polygamie a bien souvent des conséquences néfastes sur les enfants. Dans le foyer polygame, les femmes ont tendance à détruire la vie des enfants de leur coépouse et à compromettre leur avenir par tous les moyens nécessaires.  Chaque fratrie épouse généralement la querelle de sa mère et voue une haine plus ou moins ouverte à la bellemère (qu’on appelle d’ailleurs marâtre en français guinéen, c’est-à-dire femme méchante et acariâtre). Et celle-ci le leur rend parfaitement. Les enfants de mères différentes sont très peu portés à s’aimer. Ils se distinguent en préférés et en mal aimés du père. Ils grandissent dans une atmosphère de malveillance qui les marquera profondément et une rivalité ouverte s’installera entre eux dans la vie. Ce qui devait être une famille devient deux ou plusieurs bandes de frères ennemis obligés de se supporter dans une harmonie de façade.  Si le père n’a plus assez d’argent pour subvenir aux besoins de la maisonnée, il perd son autorité et la famille plonge dans  l’anarchie. Les garçons sont tentés par la délinquance et la prostitution occasionnelle guette les filles.  À la mort du père, la famille s’entredéchire pour le partage de l’héritage, bien maigre parfois. Elle se désunit, chaque enfant n’honorera plus que sa mère. Et la « batè »  (la préférée, généralement la dernière femme et la plus jeune) connaîtra une descente aux enfers si ses enfants, trop gâtés par le père,  n’ont pas réussi. Ce qui arrive le plus souvent, par une justice immanente. Elle perd brutalement ses privilèges et ses avantages matériels et  financiers, ses rejetons tombent dans toutes sortes de déviances, Selon le principe du « rira bien qui rira le dernier », elle devient la risée de  ses coépouses, de leurs enfants et du voisinage. Elle est condamnée à vivre dans l’indigence, le malheur devient son nouveau compagnon  pour le restant de ses jours.


El Béchir