kadimagazine est un site d’informations et d’éducation de la jeune fille soutenu par la Fondation OSIWA sur initiative de la COFEL.

Toute pratique traditionnelle qui nuit à l’épanouissement de l’être humain doit être abandonnée.

Kadi Magazine :
Veuillez nous dire succinctement quel est le rôle de votre département au sein du gouvernement.


Sanaba Kaba :
Notre rôle dans le gouvernement consiste à donner assistance aux personnes vulnérables, en général, comme les handicapés ou les personnes âgées, à les protéger, à promouvoir les femmes et à veiller au respect des droits des enfants.

À propos des p e r s o n n e s vulnérables, est-ce que la cité de solidarité est fonctionnelle et est-ce que les mendiants ont envie d’y vivre ?
Oui la cité de solidarité est fonctionnelle et elle a des pensionnaires. Grâce à l’État et aux partenaires, nous avons réussi à réinsérer certaine dans leur préfecture d’origine.  Les mendiants qui étaient aux abords de la mosquée Fayçal, de la mosquée sénégalaise et de la Cité des chemins de fer. Au total, 300 personnes déshéritées sont retournées chez elles avec une somme d’argent pouvant leur permettre d’y mener une activité rémunératrice et avoir une vie décente.

Où en est-on avec la parité hommes-femmes dans les institutions guinéennes ?
Dans le monde contemporain, on parle beaucoup de parité hommes-femmes, mais en Guinée on a opté pour un quota de 30 % pour les femmes. Cela a été validé par le gouvernement.  Le président de la république avait dit qu’il dédiait son mandat aux jeunes et aux femmes.  Donc ce quota s’inscrit dans le cadre de son engagement. Dans le gouvernement, on n’a pas encore atteint les 30 %, mais c’est la tendance. L’espoir est permis quand on sait que le Conseil économique et social et la Haute autorité de la communication, deux des six institutions républicaines, sont dirigées par des femmes. Donc le tiers de l’ensemble.  L’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle et la Cour des comptes comprennent beaucoup de femmes. Dans les départements ministériels, il y a plusieurs femmes secrétaires générales, cheffes de cabinet, directrices nationales ou directrices générales.  C’est un bon départ pour la Guinée. En tout cas, la volonté politique du président Alpha Condé
est claire et, de notre côté, nous faisons des efforts pour la promotion de la couche féminine.

En Guinée, quels sont les droits spécifiques à la jeune fille ?
Tous les hommes naissent égaux en droits et en devoirs. Chacun a droit à l’éducation, à la formation et à la protection. Ces droits sont valables pour toutes les catégories d’âge : enfants, jeunes filles, adolescentes ou femmes au foyer. Les mutilations génitales féminines sont interdites en Guinée, quel que soit l’âge auquel on le subit.  Car, dans certaines coutumes guinéennes, les femmes sont excisées à 25 ou à 30 ans.

La loi guinéenne interdit l’excision.  Cependant, selon un rapport de l’Onu publié en avril 2016, la Guinée est, après la Somalie,
le deuxième pays au monde où elle est le plus pratiquée, avec un taux de prévalence de 96 %, et l’Onu tire la sonnette  d’alarme ! C’est inquiétant non ?
Bon moi je ne suis pas contre une organisation internationale, mais ce chiffre me paraît quandmême invraisemblable, dans la mesure où l’on
se réfère toujours aux données de 2012. Il est besoin de reprendre l’enquête sur les mutilations génitales féminines en Guinée.  Avec tous les efforts que l’État, les organisations de la société civile et les partenaires techniques et financiers fournissent sur le terrain, les données ont changé.  Il faut peut-être que l’État guinéen prenne ses responsabilités, que notre département reprenne l’enquête. Mais que le chiffre soit vrai ou faux, les résistances d’ordre socioculturel ou traditionnel font perdurer la pratique des mutilations génitales féminines en Guinée. La vision du gouvernement est que toute pratique traditionnelle qui nuit à l’épanouissement de l’être humain doit être abandonnée. Par exemple, dans les temps anciens on se rendait à pied à La Mecque pour le pèlerinage et, pour y encourager les gens, on disait que chaque caillou foulé multipliait les bénédictions.  Aujourd’hui, on arrive à La Mecque en moins de 24 heures. Pourquoi alors ne refuse-t-on pas de prendre l’avion ? Autre exemple, grâce à Internet, l’instantanéité des mails a rendu caduc l’usage de la lettre manuscrite, qui mettait des jours entre un pays et un autre, voire entre une ville et une autre, pour aller de l’expéditeur au destinataire. Et tout le monde apprécie aujourd’hui ce progrès.  Donc les mentalités doivent progresser avec le monde moderne.  Tout ce qui est néfaste doit être banni, pour
le bien de chacun et de tous. Le problème rencontré dans la lutte contre les mutilations génitales féminines était l’adhésion des responsables religieux.  Mais, grâce à Dieu, ils nous accompagnent maintenant dans ce combat. Récemment, une conférence a été organisée par de jeunes catholiques à l’université Kofi Annan pour accompagner la lutte contre les MGF.  Et à la quatrième conférence islamique, les imams ont dénoncé ces pratiques nuisibles à la santé de la femme.  Donc je pense que la tendance va s’inverser si la synergie d’action continue avec tous les acteurs.