kadimagazine est un site d’informations et d’éducation de la jeune fille soutenu par la Fondation OSIWA sur initiative de la COFEL.

Au cours de la conférence-débat sur les droits de la jeune fille organisée au Blue Zone par la COFEL et l’OPROGEM, l’accent a été mis sur la nécessité de la dénoncer le viol.

La directrice de la COFEL, Mme Yansané Fatou Baldé, a particulièrement insisté sur le viol des violences basées sur le genre. Elle a cherché à bien faire comprendre aux jeunes filles que ces crimes ou délits sont punis par la loi et doivent être dénoncés par les victimes.

Elle les a invitées à une prudence accrue car, a-telle fait savoir, « 90 pour cent des viols sont le fait d’hommes qui connaissent bien la victime et qui sont bien connues d’elle ». Le viol est souvent commis par un membre de la famille ou de l’entourage de la jeune fille, a-t-elle martelé.  Une fille peut être violée par un cousin ou par un ami de quartier qui a réussi à l’attirer dans son filet sans éveiller chez elle le moindre soupçon.
La même chose peut lui arriver quand elle rend visite seule à un garçon qu’elle prend pour un vrai ami sans connotation amoureuse, comme par exemple un camarade de classe qu’elle fréquente par amitié ou pour des révisions scolaires. En pareil cas, le viol dans une chambre est parfois commis avec la complicité d’amis du violeur qui lui prêtent main forte. En tout état de cause, c’est d’abord à la jeune fille d’assurer sa propre sécurité en famille et dans le quartier.
Pour réduire le risque d’en être victime, la prudence et la méfiance s’imposent.
Une jeune fille doit savoir flairer dans son entourage un potentiel violeur. Elle doit se laisser guider par son intuition pour discerner chez les hommes entre leurs sentiments purs et leurs sentiments intéressés qui cachent une intention malhonnête. Il lui faut notamment éviter d’entrer inconsidérément dans la chambre des garçons ou des hommes ou d’êtres avec eux dans un endroit isolé.
L’audace du violeur – surtout s’il est une connaissance, un parent ou un proche de sa victime – vient, bien souvent, de la présupposition que celleci aura peur ou honte de le dénoncer pour ne pas être stigmatisée ou moquée en famille et dans la société. Et si elle en parle à sa mère, à une soeur ou à une proche, il n’est pas rare que celle-ci lui conseille de se taire, car la plupart des hommes guinéens ne veulent pas épouser une femme s’ils savent qu’elle a été violée par un autre homme dans sa vie. Dans les mentalités g u i n é e n n e s , y compris dans l’esprit de beaucoup de femmes, le viol est un marqueur social négatif pour la victime. L’on a tendance à supposer qu’elle a une part de responsabilité dans ce qui lui est arrivé. Elle a dû « provoquer » l’homme d’une manière ou d’une autre, pense-t-on facilement.
Soit elle l’a rejoint librement dans sa chambre, soit elle l’a encouragée par sa tenue vestimentaire suggestive, se dit-on. On entend souvent ces jugements stéréotypés prononcés par des femmes comme des hommes. Ce sont des préjugés très forts par rapport à la jeune fille violée.

ASSISTANCE JUDICIAIRE AUX JEUNES FILLES VIOLÉES

Compte tenu de cette réalité sociologique qui a tendance à disculper le violeur et à réprouver la victime, la COFEL et l’OPROGEM mènent actuellement une campagne intense afin que la peur et la honte changent de camp. Mme Fatou Baldé a insisté au cours de la conférence pour que les jeunes filles victimes de viol aient le courage de porter plainte. « Ce n’est pas la jeune fille qui est coupable, c’est le violeur », a-t-elle martelé tout au long de la conférence. Le fait d’entrer dans la chambre d’un homme ou de porter des vêtements sexys ne justifient pas le viol. Une ‘’tenue osée’’ peut à la rigueur être considéré comme un attentat à la pudeur, fait prévu et puni par la loi.
La commissaire de police qui a représenté l’OPROGEM à la conférence a elle aussi enfoncé le clou.  L’Office de protection du genre, de l’enfance et des moeurs assiste les victimes de viol afin de les mettre à l’abri des humiliations qu’elles pourraient rencontrer dans leurs démarches pour porter plainte, y compris de la part de policiers ou de gendarmes auxquelles elles s’adressent (questions malséantes, propos moqueurs, insinuations outrageantes, etc.). Dans chaque commissariat central de Conakry, il y un commissaire de police formé spécialement pour accueillir psychologiquement la victime, recevoir sa plainte et l’appuyer auprès des tribunaux. Au total, il y a cinq commissaires, dont quatre sont des femmes. Les plaintes peuvent être également reçues à la cellule de protection du genre au haut commandement de la gendarmerie nationale.
La conférence s’est terminée sur une projection de vidéos sur le thème et les sous thèmes développés. Un « guide d’information des communautés sur les viols et les violences basées sur le genre » a été distribué aux participantes afin qu’elles démultiplient l’information en famille, dans le quartier, à l’école et dans tout autre lieu approprié.


El Béchir